• E.M.G.

Histoire de la Musique: une perpétuelle course au progrès

Dernière mise à jour : 26 nov. 2018

-35 000 ans A.V.J.C.: le Paléolithique supérieur:


Entre le rythme et la mélodie, on peut se demander lequel des 2 apparut le premier. La musique de cette époque avait-elle un lien avec la danse? Quoiqu’il en soit, des instruments de musique datant environ de 35 000 A.V.J.C. ont été découverts lors de fouilles archéologiques. Il s’agit pour la plupart de flûtes en os d’animaux (en phalanges de Renne par exemple) ou d’instruments de chasse.


A titre de comparaison, les premiers villages sont apparus environ 7 000 A.V.J.C., comme par exemple celui de Catal Huyuk dans l’actuelle Turquie. Les premières villes furent construites à peu près 5 000 A.V.J.C. au moyen orient.


En France, après avoir découvert les grottes préhistoriques d’Aurignac, certains archéologues ont fait l’hypothèse que l’emplacement des peintures rupestres était peut-être choisi pour… la qualité du son! Des prières étaient-elles jouées pour l’esprit d’un animal avec l’instrument justement fait de ses os ?


De -3 500 A.V.J.C. au Vème siècle


L’écriture apparut en Mésopotamie environ 3 500 ans A.V.J.C. En fait, à cette époque la plupart des connaissances étaient concentrées dans cette région. Elles se sont ensuite déplacées en Egypte, Chine et en Grèce. Une des premières « théories » de la musique a été développée en Chine a peu près 1 000 ans A.V.J.C. Elle décrivait une gamme de 5 notes (probablement proche de notre gamme pentatonique).


La plus vieille partition notée est sans doute l’Epitaphe de Seikilos et date de 200 ans A.V.J.C. Une cinquantaine de partitions datant de l’antiquité Grecque ont été retrouvées. Elles utilisent des lettres pour nommer les notes. En Grèce, les recherches ont également montré que l’enseignement de la musique était déjà pratiqué 500 ans A.V.J.C.


Parmi les instruments utilisés pendant l’Antiquité, il y avait l’Hydraulis, ancêtre de l’Orgue inventé par Ctesibios d’Alexandrie. Il était fait d’une colonne d’air équipée d’une anche et d’une colonne d’eau.

Concernant les instruments à cordes, on trouvait la Lyre faite d’une carapace de tortue et dédiée au Dieu des Arts Apollon. La Pandura (ou Tambur) était probablement un des ancêtres de la Guitare.

Parmi les instruments à vent, il y avait l’Aulos, ancêtre de la Cornemuse, fait de 2 tubes, l’un pour tenir une note pédale et l’autre pour jouer une mélodie. La Syrinx ressemblait à la flûte de Pan et était associée au Dieu Dionysos.

De petites percussions étaient utilisées comme le Sistre ou les Crotales.


En ce qui concerne la théorie musicale, Pythagore (580 A.V.J.C.) découvrit la série harmonique d’un son. On suppose que la principale gamme Grecque utilisée à l’époque pourrait être comparée au mode Phrygien actuel, mais utilisé dans un mouvement descendant (mi, ré, do, si, la, sol, fa, mi). Les Grecques avaient aussi une théorie du rythme très élaborée. Leur style de musique était monodique (une seule mélodie était jouée à la fois, les accords n’étaient pas encore utilisés). A l’époque la principale forme musicale s’appelait Nomos et consistait à raconter les mythes des Dieux Grecques avec un accompagnement musical.


Du Vème au XVème siècle: le Moyen-âge

De l’an 500 à 900 : naissance du chant Grégorien


Vers l’an 510, Anicius Manlius Severinus Boethius nommé Boèce, théoricien Romain, rédigea une synthèse des connaissances musicales Grecques (De Institutione Musica). Cet ouvrage fut une référence tout au long de l’époque médiévale.


Vers 590, le Pape Grégoire le Grand voulu imposer le Rite Romain dans toute l’Europe de l’ouest. Un chant fut sélectionné pour chaque fête religieuse du calendrier Catholique. Grégoire le Grand créa aussi le chœur officiel du Vatican (la Schola Cantorum) et choisit les textes liturgiques utilisés pour la Messe Catholique (Kyrie, Gloria, Credo…). C’est ainsi que le chant Grégorien apparut. Avant le IVème siècle, il y avait différentes façons de chanter les textes liturgiques selon chaque pays.


La structure mélodique des chants Grégorien est basée sur celle du texte, une courte pause étant marquée entre chaque phrase. L’ambitus des mélodies Grégoriennes peut aller jusqu’à un intervalle de 11ème. Ces mélodies étaient encore basées sur les modes Grecques: à chaque mode (ou gamme) correspondaient des motifs spécifiques. Ces mouvements mélodiques ont été répertoriés par Johannes Affligemensis (John Cotton) au XIIème siècle. Par exemple, on pouvait commencer par la tonique (1er degré) du mode, monter vers l’aigu ou descendre vers le grave jusqu’à la note dominante (5ème degré), marquer une pause sur celle-ci et ensuite revenir à la tonique.


A cette époque, la musique religieuse était encore vocale et monodique. Bien sûr, il était possible pour plusieurs chanteurs de chanter à l’unisson ou à l’octave. C’est à partir du IXème siècle que l’Orgue commença à être utilisé dans les églises. Cependant, il ne servait pas d’accompagnement mais plutôt d’intermède instrumental entre 2 chants sacrés.

Durant les VIIIème et IXème siècles, surtout de 750 à 814, les Rois des Francs Pépin le Bref et Charlemagne ont poursuivi le projet de Grégoire le Grand. Les progrès dans le système de notation (grâce aux Neumes) ont aussi facilité la diffusion des chants Grégoriens.


A partir du Xème siècle, les chanteurs ont commencé à utiliser une ligne rouge pour représenter la note FA, qui deviendra plus tard l’emplacement de la clef de FA. Quelques années après, le même système fut utilisé avec une ligne jaune pour le DO.


Dans son ouvrage Dialogus de musica, Odon de Cluny (882-942) décrit une « gamme » sur 2 octaves à l’aide de lettres (comme le faisaient les Grecques): de A à G (la à sol) pour la première et de « a » à « g » pour la 2ème.


Vers 1 030, les célèbres noms de notes ut, ré, mi, fa, sol, la furent inventés par Guy d’Arezzo, un moine Bénédictin Italien. Ces syllabes correspondent en fait au texte de l’hymne à St Jean-Baptiste, dans lequel la première note de chaque phrase suit l’ordre de la gamme de DO, chaque hauteur de note étant associée à une syllabe. Dans les pays Latins, cette nouvelle terminologie remplacera progressivement les lettres utilisées depuis l’Antiquité Grecque.

Ce mode de 6 notes (Hexacorde) est l’ancêtre de notre gamme majeure actuelle. Elle ne possède pas de note sensible (pas de degré VII) car l’usage de cette note impliquait alors de changer de mode. En ce temps là, il n’y avait que 3 « tonalités » différentes: une avec un SI naturel (« gamme » de sol majeur), une sans SI (do majeur) et une avec un Si bémol (fa majeur).


900 à 1 300: naissance de la polyphonie

Ars Antiqua


Dans Musica enchiriadis daté du IXème siècle, un compositeur Français inconnu décrivit comment chanter une seconde mélodie en-dessous d’un chant Grégorien. Le moine Bénédictin Hucbald de Saint-Amand (850-930) est lui aussi un des premiers à superposer une mélodie à celle du chant Grégorien.


Celle-ci pouvait être chantée au-dessus ou en-dessous: durant les IXème et Xème siècles, l’usage était d’écrire la mélodie supplémentaire en-dessous du chant Grégorien. A partir du XIème siècle, celle-ci était écrite au-dessus. On appelait cette technique l’Organum.

Au IXème siècle, les intervalles utilisés entre les 2 mélodies et considérés comme consonants étaient des unissons, octaves, 4tes ou 5tes. Les chants commençaient et finissaient toujours par l’unisson. De plus, la mélodie supplémentaire devait suivre le même mouvement que le chant Grégorien (Organum parallèle).


Ce procédé d’écriture parallèle existe aussi à la même époque en l’actuel Royaume-Uni et les pays du Nord, mais avec des intervalles de 3ces ou 6tes (le Gymel). Vers le début du XIVéme siècle, Walter Odington expliqua pourquoi ces intervalles pouvaient être considérés comme consonants. C’est aussi en Angleterre, à l’Abbaye de Reading, qu’un des plus vieux Canons fut composé (Sumer is icumen in daté de 1 260).


En France, à partir du XIème siècle, les compositeurs commencent à écrire la mélodie supplémentaire au-dessus du chant Grégorien. Cette technique s’appelle le Déchant. Pour la première fois, le mouvement contraire et quelques 3ces et 6tes de passages sont utilisées. Par exemple, la nouvelle mélodie pouvait commencer à l’unisson du chant Grégorien, monter par mouvement conjoint jusqu’à une série de 4tes, 5tes ou 8ves avec celui-ci, et pour finir redescendre jusqu’à l’unisson. Comme la plupart des chants Grégoriens commencent par la répétition de la note tonique, cela permet en effet à la nouvelle mélodie d’utiliser des notes de passages dissonantes de l’unisson jusqu’à la 4te ou 5te.


Ecole de Notre-Dame:


Le XIIème siècle a été l’âge d’or de l’Organum avec les compositeurs Léonin (1150-1210) et son élève Pérotin (1160-1230). C’est l’époque de la construction de la Cathédrale Notre dame de Paris (de 1163 à 1350) et des Croisades. Vers 1180, Léonin composa le Magnus liber Organi, recueil de chants sacrés revu plus tard par Pérotin. Certaines de ces pièces utilisent déjà 4 voix indépendantes.


Le rythme du chant liturgique est augmenté (étiré), afin de lui superposer plusieurs autres mélodies (ornementales) possédant un rythme plus rapide. De plus d’autres textes (profanes ou religieux) associés à ces mélodies commencent à être rajoutés par-dessus le chant Grégorien (ce qu’on appelle le Motet).


C’est pourquoi il a fallu améliorer la notation du rythme pour rendre toutes ces combinaisons compréhensibles, surtout en ce qui concerne les proportions entre notes courtes et longues. Pierre de la Croix (1270-1347), membre du Clergé qui vécu probablement à Amiens, propose dans son traité Ars mottetorum compilata breviter une nouvelle notation rythmique. Une théorie du rythme est aussi proposée par Francon de Cologne dans Ars cantus mensurabilis.

En France, les compositeurs de chansons profanes (les Trouvères) eurent besoin eux aussi d’une notation plus précise du rythme, étant donné que leurs paroles étaient des poèmes construits en vers. La forme AAB (forme Bar) était courante. On peut citer Adam de la Halle (†1288) et Le Jeu de Robin et Marion. Les sujets abordés par ces chansons sont l’Amour Courtois entre un chevalier et une femme issue de la noblesse.


Durant cette période, d’autres avancées ont été faites comme les barres de mesure, les notes chromatiques (# ou b) et les imitations entre 2 mélodies. Concernant la notation, à partir du XIVème siècle 4 lignes sont utilisées pour représenter les notes fa, la, do, mi (FACE dans la notation Anglo-saxonne!). Vers 1321, une synthèse des découvertes de l’Ars Antiqua fut publiée par Jacques de Liège (Speculum musicae).


Toutefois la musique médiévale reste essentiellement vocale. De plus, une grande partie de la musique instrumentale étant à cette époque improvisée à partir de motifs usuels, il ne nous en reste que peu d’exemples.


Les instruments du Moyen-âge sont assez proches de ceux qu’on trouvait pendant l’Antiquité. L’un des plus joué était sans doute la Vièle, qui ressemblait à un violon. Elle servait surtout à accompagner des danses (de façon monodique) ou à doubler la ligne du ténor dans les Motets.

Il n’y avait pas non plus d’instruments capables d’assumer le rôle de basse. Le registre le plus grave étant le ténor.


Les principaux instruments à cordes étaient la harpe Anglo-irlandaise, la Lyre, le Psaltérion (ancêtre de l’Epinette et cousin de la Cithare), le Luth et le Monocorde (ancêtre du Clavicorde). Les instruments à vents étaient l’Orgue, le Cor, la Trompette, et diverses Flûtes et Cornemuses, du moins dans leur forme médiévale.



XIVème siècle: l’Ars Nova, naissance de l’harmonie et fin du système féodal


Au début du XIVème siècle, apparaît en France un nouveau style de composition appelé Ars Nova qui marque l’apogée du style Gothique en musique. Bien qu’il s’agisse toujours de musique vocale, de nouveaux éléments de langage apparaissent comme l’usage de la note sensible (7ème degré de la gamme), les mesures et rythmes binaires, la pratique de l’isorythmie (plusieurs voix utilisant le même rythme), l’emploi de 3ces et 6tes en tant qu’intervalle harmonique réel…


La cadence parfaite sur un « accord » de tonique sans 3ce, juste avec la fondamentale et la quinte, était réalisée par approche chromatique ascendante de ces 2 notes (soprano et alto) pendant que le ténor descendait conjointement sur la tonique.


Parmi les formes musicales de l’Ars Nova, on trouve le Motet isorythmique et les Chansons polyphoniques. Les 2 principaux compositeurs de cette époque sont Philippe de Vitry (1291-1361) et Guillaume de Machaut (1300-1377).


Philippe de Vitry était évêque de Meaux. Il fut un de ceux qui utilisèrent le terme Ars Nova, notamment dans son traité Ars nova musicæ. Entre 1310 et 1316, il participa à la mise en musique du Roman de Fauvel. Ce recueil de poèmes en 2 volumes raconte l’histoire d’un âne qui devient Roi. C’est une critique de la corruption qui sévissait dans le système Féodal et le Clergé. Anonymes à l’époque, on sait maintenant que les auteurs de ces textes étaient en fait membres de la Cour Royale!


Concernant Guillaume de Machaut, il était aussi un membre du Clergé, à la cathédrale de Reims. Il est connu pour sa célèbre Messe Nostre Dame à 4 voix, composée vers 1365 peu après le siège de cette ville par les Anglais. Cette pièce peu être considérée comme une forme musicale nouvelle, la forme Messe, qui sera utilisée par de nombreux compositeurs par la suite.


Un siècle apocalyptique:


A cette époque, plusieurs catastrophes se sont abattues sur l’Europe et surtout la France comme des épidémies de peste noire de 1347 à 1352 (environ 25 millions de morts), des famines (1314-1316), la Guerre de Cent ans (1337-1453) et les tensions dues au Schisme Catholique (1378-1415) entre les Papes d’Avignon et Rome.


En réalité, ces difficultés étaient surtout le résultat de conflits permanents entre une nouvelle « classe » commerçante qui s’enrichissait et un Clergé et système Féodal en déclin. Face à l’augmentation de la population, l’exode rurale et la diminution de la taille des exploitations agricoles due aux successions, la noblesse n’avait plus les moyens financiers d’assurer la défense et la justice. En fin de compte, seul un état centralisé pouvait assumer ces nouvelles responsabilités, et non le système Féodal. Mais le bout du tunnel n’était pas loin…


En ce qui concerne la musique, le Pape Jean XXII élu en 1316 à Avignon a essayé (en vain) d’interdire les mélanges de textes sacrés et profanes, pratique courante à l’époque dans les Motets. Cet épisode illustre bien le déclin de l’influence du Clergé et les tensions qui en découlaient.


Le rôle de la musique profane Italienne pendant le XIVème siècle:


A la même époque que l’Ars Nova français apparaît en Italie du nord un nouveau style de chanson appelé Trecento. Ces pièces vocales étaient écrites pour 3 voix aigues d’homme sur des poèmes comme par exemple ceux de Pétrarque (1304-1374) et Boccace (1313-1375).

Différentes formes étaient utilisées comme le Madrigal (chanson satyrique, d’amour ou d’humour!), La Caccia (chanson de Chasse) ou la Ballata (qui possédait un refrain). On peut citer le compositeur Fancesco Landini (1335-1397), organiste à Florence.


Pour la première fois le style Italien va jouer un rôle important. A cette époque, ce sont les compositeurs Franco-Flamands qu’il va inspirer.


XVème siècle: l’époque Franco-Flamande:


En 1419, en pleine Guerre de Cent Ans, le père de Philippe le bon (1396-1467), Duque de Bourgogne, fut assassiné par des sympathisants du Roi de France (Charles VII). Ce fut une des raisons pour lesquelles il décida de rejoindre le camp Anglais et le Roi Henri V. Toutefois, en 1435, il négocia à Arras l’arrêt des hostilités contre quelques terres Françaises.


Cette période fut très prospère pour le Duché de Bourgogne. Cette région comprenait une partie des Pays-Bas, du Luxembourg, les Flandres, la Lorraine… Des villes comme Dijon, Anvers, Cambrai, Arras, Bruxelles, Lille en faisaient partie.

Rien d’étonnant que le Duché soit alors devenu le nouveau centre artistique Européen. Sans compter que la plupart des artistes Français essayaient d’échapper à la guerre. D’ailleurs, les compositeurs de cette époque voyageaient beaucoup. Un séjour en Italie était même devenu une étape indispensable. C’est pourquoi ces musiciens furent influencés par l’émergence de la philosophie Humaniste, qui sera un peu plus tard un aspect important de la Renaissance.

A la fin du XIVème siècle, les derniers développements de l’Ars Nova Français (appelés Ars Subtilior) avaient mené à un style beaucoup trop compliqué et chargé, surtout rythmiquement. Les compositeurs Franco-Flamands prirent donc plutôt exemple sur les Anglais et les Italiens. Une technique intéressante chez les Anglais, appelée Faburden (Faux-bourdon), consistait à utiliser le premier renversement des accords, jusqu’à une résolution en 5tes et 8ves.


Contrairement à l’Ars Nova dans lequel le même rythme était répété, les Franco-Flamands préfèrent varier les rythmes, même si les principes de l’imitation et du Canon sont conservés. Certains Canons seront même écrits en augmentation, diminution ou rétrograde.

La plupart des Motets et Messes de cette époque sont écrits à 4 voix réelles. Une autre différence avec l’Ars Nova est l’usage d’un seul thème principal, la même mélodie passant d’une voix à l’autre.


A cette époque apparaît aussi la forme assez libre du Madrigal qui utilise du figuralisme (symbolisme musical d’ailleurs aussi appelé Madrigalisme) pour représenter certains mots du texte chanté.


Les principaux compositeurs du style Franco-Flamands sont:


2 précurseurs : l’Anglais John Dunstable (1370-1453, Alma redemptoris mater, Quam pulchra es) et Johannes Ciconia (1370-1412) originaire de Liège mais qui vécu longtemps en Italie.


Gilles Binchois (1400-1460), ancien soldat reconvertit dans le Clergé. Il a travaillé pour Philippe le Bon. Il est connu pour ses chansons polyphoniques de Cour.


Guillaume Dufay (1400-1474, Mass of the armed man, Mass Ave regina coelorum, Mass Ecce ancillia domini). Il a travaillé pour le Duché de Savoie, à la cathédrale de Cambrai et vécu quelques temps à Rome.


Johannes Ockeghem (1420-1495, Deo gratias, Missa prolationum) était l’élève de G. Dufay et G. Binchois. Il écrivit pour l’église d’Anvers et la Cour Française. C’est un des premiers à composer un Requiem. Il est reconnu pour ses Canons.


Jacob Obrecht (1450-1505) a vécu à Cambrai, Anvers, Utrecht, Bruges…Il est connu pour ses Canons par augmentation et diminution. C’est un des précurseurs de la Fugue. Il a écrit la première Passion selon saint Mathieu connue.


Josquin Des Prés (1450-1521, Missa ad fugam, Missa pange lingua) était l’élève de J.Ockeghem et a voyagé dans toute l’Europe. Il a écrit de nombreux Motets, Messes et chansons.


XVIème siècle: La Renaissance


Le terme de Renaissance fut utilisé en 1550 par le peintre Italien Giorgio Vasari. Durant cette période, plusieurs découvertes changèrent définitivement le cours de l’Histoire: l’invention de la presse à imprimer par Gutenberg (1455), la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb (1492), le premier tour du monde réalisé par Fernand de Magellan (1522) et les progrès des sciences naturelles grâce à Galilée et Copernic.


Ce siècle a aussi connu une crise de la foi religieuse, comme le montre la Réforme Protestante menée par Martin Luther vers 1517, puis la Contre Réforme Catholique avec le Concile de Trente (1547-1563). L’Eglise Protestante donnera naissance à un nouveau style de musique vocale religieuse (les Kirchenlieder, chants Chorals à 4 voix) avec des compositeurs comme Osiander, Hassler et plus tard J.S. Bach. La Contre Réforme engendrera elle aussi un style de musique sacrée incarné par Giovanni Pierluigi da Palestrina.


La littérature philosophique connait un renouveau avec des auteurs humanistes comme Erasme (1467-1536) et Montaigne (1533-1592). Ils mettent en valeur le potentiel de l’humanité et ses réalisations, comme par exemple l’héritage des savoirs Grecques et Romains. C’est le grand retour de la pédagogie et de l’Epicurisme.


Des peintres comme Michel-Ange, Raphaël et Leonardo da Vinci sont inspirés par la nature et la perspective. Le nouveau centre artistique Européen est maintenant en Italie dans les villes de Rome, Milan, Florence…


L’Antiquité sert aussi de référence dans le domaine de la Poésie avec des auteurs comme Pierre de Ronsard et son ami Antoine de Baïf (1532-1589), qui appartenait au collectif d’auteurs La Pléïade et travaillait pour Charles IX.


En Musique, les pièces instrumentales évoquent la nature et dans les pièces vocales, les compositeurs cherchent à représenter le plus possible les paroles. Toutefois, à la fin du XVème siècle, les Franco-Flamands avaient déjà beaucoup exploité les possibilités de la voix humaine.


C’est une des raisons pour lesquelles les premières pièces uniquement instrumentales sont apparues pendant la Renaissance. Comparés à la voix, les instruments ne sont pas obligés de respirer « physiquement » (même si tous doivent respirer « musicalement »). Ils peuvent aussi jouer plus rapidement. De plus, les claviers comme le Clavicorde ou l’Epinette (le Virginal) ont une plus grande tessiture.


Le développement des instruments à claviers a aussi facilité l’usage des accords et l’enrichissement de l’harmonie. Les anciens modes ecclésiastiques sont ainsi peu à peu abandonnés et cèdent la place aux gammes majeures et mineures. Les lignes mélodiques ne sont plus écrites l’une après l’autre mais simultanément. Dans son traité Istitutioni harmoniche (1558), Gioseffo Zarlino (1517- 1590) explique ce qu’est un accord mineur ou majeur. Il recommande aussi aux organistes de doubler la basse, une remarque visionnaire qui annonce le futur rôle de la ligne de basse.


Une nouvelle « grammaire musicale » apparaît avec l’enchaînement plus ou moins conscient des degrés I (tonique), IV (sous-dominante) et V (dominante) des tonalités. On commence aussi à entendre des tierces majeures dans les accords de tonique des cadences parfaites (conclusives). Toutefois, il faudra attendre la deuxième moitié du XVIIIème siècle pour trouver des résolutions sur accord de tonique mineure.


Concernant la notation à l’époque Renaissance, c’est presque la même que la notation actuelle, avec 5 lignes et les mesures.


Parmi les pièces instrumentales du XVIème, il y a


Des transcriptions d’œuvres vocales, des arrangements de chants sacrés. Par exemple, un thème vocal pouvait être joué par un clavier pendant qu’une Viole ornementait la ligne de basse.


Des improvisations sur une basse obstinée (Grounds en Anglais) souvent issue des danses.


Des variations sur thèmes populaires (par exemple dans le Fitzwilliam virginal book de John Bull).


Des toccatas et Préludes, qui alternent entre accords plaqués et mouvements conjoints rapides (bouts de gammes), comme le jouaient les organistes de la Basilique St Marc à Venise.


Des Ricercare. Ressemblant au Motet, cette forme comprend plusieurs sections imitatives possédant chacune leur thème principal.


Différentes Danses. On peut citer le recueil publié par Pierre Attaingnant (1494-1551).

Pendant la Renaissance, les compositeurs commencent aussi à s’intéresser aux ensembles instrumentaux. Il pouvait s’agir d’instruments similaires (whole consort un quartet de Violes par exemple) ou de familles différentes (broken consort par exemple vents, cordes et voix).

L’idée d’utiliser l’espace entre 2 instruments, de « spacialiser » la musique commence à émerger. L’expérience est faite avec 2 chœurs et 2 orgues par Adrien Willaert (1490-1562) à la Basilique St Marc. C’est une première approche du style concertant.


Parmi les compositeurs de musique instrumentale de la Renaissance on trouve


Pour le Luth: Francesco da Milano (1497-1543), L.Narvaez (1500-1555, Diferencias 1538),

Orgue: Juan Bermudo, Tomas de Santa Maria (De arte de taner Fantasia 1565), A. De Cabezon qui était au service de Charles V et Philippe II, William Byrd (1542-1623) et son élève Thomas Morley (1557-1623).


Chansons de la Renaissance:


Dans la musique vocale, on trouve plusieurs forme comme: des Ballades, Rondos, Virelais (écrit en 6/8), des Villanelles (une danse Napolitaine écrites en quintes parallèles!), des Madrigaux (utilisant une mesure à 3 temps et du chromatisme), des Motets…


Les chanteurs étaient parfois accompagnés par un Luth (John Dowland 1562-1625, L. Milan, Le Roy…), dans les chansons polyphoniques françaises notamment. Parmi les compositeurs de chansons on trouve: Clément Janequin (1485-1558), Pierre Certon (†1572), Adrien Willaert (Musica nova 1559), Carlo Gesualdo, Philippe de Monte (1521-1603)…


Concernant le Motet, il a connu certaines évolutions depuis le moyen-âge. Il n’est plus construit à partir de chants Grégoriens et n’utilise qu’un seul texte. Sa structure est en 2 parties, avec imitation continue du thème principal de chaque section. Les compositeurs cherchent alors la fluidité de la mélodie et n’hésitent pas à employer plusieurs chiffrages de mesure dans la même pièce (3/4 ou 4/4). Les Motets de la Renaissance à 4 voix ne font pas un usage systématique de toutes les voix. Certains passages peuvent être à 2, 3 ou 4 voix. 2 voix peuvent même former un ensemble homogène et contraster avec les 2 autres. Ce procédé hérité de Josquin des Pres est appelé Binicium.


2 grands compositeurs de la Renaissance:


Giovanni Pierluigi da Palestrina (1526-1594) était chef de chœur à la Chapelle Sixtine et a suivi les consignes du Concile de Trente. Ses pièces vocales sont basées sur un chant Grégorien et utilisent un flot continu de notes. Selon la longueur et le sens du texte, il utilise différents procédés comme l’homophonie pour les textes longs, ou la polyphonie et le contrepoint pour les textes plus courts. C’est son élève Thomas Luis de Victoria (1548-1611) qui lui succéda à la célèbre Chapelle.


Roland de Lassus (1532-1594) était au service de Charles V. Né à Mons en Italie, il voyagea beaucoup: à Naples, Munich où il fut Maître de Chapelle à la Cour Bavaroise, à Fontainebleau… On peut remarquer dans sa musique la primauté du Soprano et le « nouveau » rôle donné à la basse avec l’usage des degrés tonals. Il écrivit aussi des Madrigaux sur des textes de Francesco Petrarca (1304-1374) or Luigi Tansillo…

On peut citer parmi ses pièces: Magnum opus musicum, Laudate dominum, Missa pro defunctis, Les larmes de St Pierre, Lamentations du prophète Jérémie…


L’époque Baroque (1600-1750): basse continue, l’Opéra, les Suites de Danses, Concertos, Fugues…


Dans la Littérature et la Musique, on observe souvent les mêmes différences entre les styles Baroque et Renaissance. Par exemple, Ronsard, Rabelais et Montaigne n’abordaient pas les mêmes sujets que Descartes et Malherbe. La réflexion prend peu à peu le dessus sur l’émotion et les couleurs locales.


Cette période commence avec Claudio Monteverdi (1567-1643), « inventeur » de l’Opéra. Il fut un des premiers à utiliser la 7ème de dominante sans préparation. Le Baroque s’achève en apothéose avec l’Art de la Fugue et la mort de J.S. Bach en 1750.


Les principales caractéristiques de ce style sont l’ornementation des lignes mélodiques, une nouvelle façon d’écrire la basse appelée Bassus continuus et le chiffrage des accords et de leur renversements pour les instruments à clavier. Bien que la mélodie accompagnée existe déjà, le contrepoint et l’imitation restent prédominants. Concernant le rythme, on a un flot continu de notes entre les différentes lignes mélodiques et peu de silences (sauf bien sûr dans les Préludes, Récitatifs, Sarabandes ou Arias).


Plusieurs traités contiennent des théories de l’harmonie et de la composition comme celui de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) L’harmonie réduite à ses principes naturels.


De nombreuses nouvelles formes musicales apparaissent:


L’Opéra, par exemple l’Ofeo de Monteverdi (1607), Dafne de Jacopo Peri (1561-1633),

La Cantate, qui alterne entre récitatifs et Arias comme dans l’Opéra,

L’Oratorio, qui ressemble à un Opéra sans mise en scène,

Le Concerto Grosso sollicitant des familles entières d’instruments (Concertos Brandebourgeois de J.S Bach) ou le concerto de Soliste, en 3 sections (vif, lent, vif),

La Sonate d’Eglise en 4 parties,

Les Suites de Danses,

La Fugue,

La Sonate de Chambre (Sonata da camera) qui ressemble dans sa forme aux Suites de Danses,

L’Ouvertur à la Française en 3 sections (lent, vif fugué, lent) ou à l’Italienne (vif mélodique, lent, vif),

La Toccata (pour Orgue, Clavecin) qui est une démonstration de virtuosité et peu évoquer le Prélude,


Tempérament égal, inégal, et accords des instruments à clavier:


Pendant la Renaissance, la musique modale à peu à peu été remplacée par les gammes majeures